En 2006 encore, plus d’un milliard d’humains n’ont pas d’eau potable
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Boire est essentiel pour la survie de l’humanité mais l’eau n’est pas accessible à tous

C’est révoltant mais c’est réel : malgré tous les précédents sommets mondiaux au cours desquels les chefs d’états des pays riches ont clamé aussi fort que les dictateurs des pays pauvres qu’ils allaient enfin agir efficacement, il y a encore et toujours plus d’un milliard d’êtres humains qui n’ont pas accés à l’eau potable !!!

En l’an 2006, à la veille du Sommet Mondial pour le développement durable qui va se dérouler à Mexico, il y a encore et toujours plus d’un milliard de pauvres sans eau potable tout comme en 2000, tout comme en 1990, tout comme en 1980, tout comme en 1970, tout comme en 1960 !!!

De plus, 2,6 milliards ne bénéficient pas de systèmes d’assainissement de base (collecte et traitement des eaux usées), soit 42% de la population mondiale.

De ce fait, des dizaines voire centaines de milliers de personnes décèdent par an (dont de nombreux enfants) de maladies liées à l’eau.

Ces statistiques mortifères restent aussi élevées d’une année sur l’autre.

Selon le rapport d’une ONG, la situation actuelle de manque d’accès à de l’eau potable et à un assainissement sanitaire s’explique principalement par les mauvaises pratiques de gestion, la corruption, l’absence d’institutions appropriées, l’inertie bureaucratique et la faiblesse des investissements dans les domaines des ressources humaines et des infrastructures physiques.

En septembre 2000, lors du Sommet du Millénaire, organisé par l’ONU, les 189 états représentés avaient pourtant adopté les "objectifs du Millénaire pour le développement" (OMD). Ces OMD formaient un ensemble d’engagements communs pour enrayer les principaux problèmes auxquels font face les pays en voie développement, dont les pénuries d’eau potable, et ce avec un calendrier. Six ans après, excepté dans quelques régions d’Amérique du sud, aucune amélioration notable n’est constatée.

Puis le Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg, Afrique du Sud (26 août-4 septembre 2002) avait, lui aussi, pointé l’urgence et réclamé des investissements à brêve échéance qui, en 2001, n’avaient été que de 11 milliards de dollars alors que les besoins réels sont évalués à 180 milliards de dollars par an. L’opportunité de transformer le droit à l’eau en un produit commercial propre à garantir au secteur privé des profits et des retours sur investissement avait donné lieu à quelques débats au cours desquels s’étaient exprimés des doutes croissants quant à la possibilité pour les entreprises privées de gérer de manière saine les domaines de l’énergie et de l’eau, l’exemple d’Enron faisant s’interroger sur la capacité pour les gouvernements à reprendre les choses en main une fois que le privé avait échoué et fait faillite. Face à l’échec des gouvernements en matière de fourniture d’eau suite à des privatisations, un consensus semblait s’être dégagé sur la nécessité de promouvoir un véritable partenariat public/privé visant le partage des responsabilités et des coûts. Dans un tel schéma, les gouvernements et les autorités locales préserveraient leurs prérogatives dans le domaine des stratégies à mettre en place et garantiraient l’accès à l’eau, entre autres, par des politiques de subventions ou de micro-crédits. Les syndicats représentés à Johannesburg avaient clairement exprimé que les partenariats gouvernements/secteur privé devaient être clairement définis en termes d’obligations et d’investissements respectifs, dans la mesure où, lorsque les entreprises privées se voient confier l’approvisionnement en eau, elles demandent le soutien financier du Gouvernement sans procéder à des investissements pour les plus vulnérables. Prenant l’exemple de son pays, l’Afrique du Sud, la représentante des syndicats avait expliqué que le secteur privé avait obtenu un contrat à long terme (10 ans) pour l’approvisionnement en eau sans pour autant étendre le réseau d’approvisionnement malgré les fonds dispensés par la municipalité de Johannesburg de l’ordre de 500 000 dollars par an. Elle avait souligné que lorsque les entreprises privées gèrent l’eau, les redevances augmentent et ne sont plus accessibles pour les plus pauvres.

La consommation en eau a été multipliée par six au cours du XXe siècle, quand la population n’a que triplé. Et si les catastrophes naturelles sont de plus en plus nombreuses, 90 % d’entre elles aggravent la situation d’accès à de l’eau potable ; certaines sont la conséquence d’une mauvaise utilisation des sols. La sécheresse dramatique qui progresse en Afrique de l’Est où l’on a procédé à des abattages d’arbres à très grande échelle afin de produire du charbon de bois et du bois de chauffage en est un exemple tragique. Plusieurs grands fleuves ne parviennent plus à la mer menaçant ainsi les deltas, la pêche et la subsistance des personnes qui vivent dans ces régions. De nombreux lacs sont maintenant assechés en Asie comme en Afrique. Le lac Tchad a perdu près de 90 % de sa superficie depuis les années 1960, principalement à cause du surpâturage, de la déforestation et de grands projets d’irrigation non durables. Dans les pays en voie de développement, Ddeux personnes sur cinq vivent aujourd’hui dans des zones susceptibles d’être inondées, notamment du fait de l’augmentation du niveau de la mer. L’ONU insiste sur le fait que les changements climatiques ne feront qu’aggraver cette situation. L’Erythrée ne dispose pas d’un seul lac ni d’une seule rivière et que la durée de la saison de pluie est en constante diminution. Près de 80% de la population n’a accès ni à l’eau ni à l’assainissement.

A la veille du nouveau Forum Mondial de l’eau, qui se tiendra du 16 au 22 mars prochain à Mexico, des ONG estiment qu’il faudrait au minimum doubler les investissements actuels pour réduire de moitié la population privée d’accès à l’eau.

L’ONU estime que quelque 1,6 million de vies pourraient être sauvées chaque année si l’on améliorait les conditions d’accès à l’eau potable, les services d’assainissement et l’hygiène.

L’AVIE pose ces questions :

Pourquoi l’importance d’une gestion intégrée de l’eau n’est-elle pas davantage prise en compte ? Pourquoi occupe-t-il une place mineure dans les budgets nationaux ? Pourquoi dans les emprunts des pays en développement, l’eau ne figure pas dans les priorités ? Pourquoi ceci est-il si difficile de mobiliser les secteurs de l’eau ? Pourquoi la Nouvelle Initiative pour le développement de l’Afrique (NEPAD) ne mentionne-t-elle pas la question de l’eau ? Pourquoi les états continuent à dépenser davantage en armements qu’en aide aux populations les plus démunies ?